Philibert Antoine Doret, du Creusot à Paris – Chapitre 2

On se retrouve pour en apprendre plus sur Philibert Antoine Doret dont l’enfance à été racontée précédemment. Après avoir quitté sa région natale avec sa famille, Philibert a bien grandi. Il a maintenant vingt ans et vit à Paris.

Quelques ennuis avec la justice

Nous retrouvons Philibert au tribunal correctionnel de la Seine. Grandir dans un climat de violence pendant la guerre Franco-Allemande puis la commune de Paris l’a t-il orienté vers la violence ? En tout cas, il s’est mis en tête de régler un problème de voisinage avec les époux Foucher, qui tiennent une boutique. Le 15 octobre 1881 en effet, sans que l’on en sache les raisons, Philibert frappe l’époux et brise les carreaux de sa boutique. Lors du procès, son père François est également mis en cause mais aucun fait ne sera retenu contre lui. En revanche, Philibert est condamné à huit jours de prison et seize francs quatre-vingt quinze centimes d’amende. L’année suivante, durant l’été, Philibert est de nouveau convoqué au tribunal pour un procès, avec des faits un peu plus grave.  Avec un ami prénommé Jean Baptiste Degrez, âgé d’un an de plus et ouvrier emballeur, Philibert a eu un accrochage avec des agents de police: des insultes et des coups sont échangés. Lors du procès, Jean Baptiste est reconnu coupable de violences et voies de faits envers des agents de la force publique. Il est condamné à six mois de prison. Heureusement pour Philibert, seuls les faits d’outrages à agents seront retenus, il les aurait traité de lâches. Pour cela, un mois d’emprisonnement sera requis contre lui. 

Extrait du procès de Philibert Antoine Doret en 1882

Quelques mois après avoir effectué sa peine, Philibert doit faire son service militaire, ayant été reconnu apte au service. C’est donc le 13 novembre 1882 qu’il part pour le 114è régiment d’infanterie, qui caserne à Paris. Son service durera quatre ans pendant lesquels il deviendra caporal, puis sergent. Ses états de services seront exemplaires.

Fiche matricule militaire de Philibert Antoine Doret

Un premier mariage

Un peu plus d’un an après sa libération du service militaire, Philibert se marie. Il épouse Élise Marie Profit le 10 décembre 1887 à Jouarre, en Seine-et-Marne.

Extrait de l’acte de mariage Doret-Profit

Le mystère demeure sur la situation qui a permis qu’une jeune fille d’un village de Seine-et-Marne rencontre un jeune homme originaire de Bourgogne et résidant à Paris. Philibert est-il venu en Seine-et-Marne à l’occasion de son service militaire, qu’il a terminé quelques mois auparavant ? La jeune fille a t-elle eu l’occasion d’aller à Paris ? Avaient-ils des connaissances communes ? Pour l’instant aucun indice ne nous permet de résoudre le mystère des circonstances de la rencontre de Philibert et Élise. Après le mariage, Philibert emmène sa jeune épouse à la capitale, où ils s’installent au numéro 37 de la rue de Montmorency dans le troisième arrondissement, à quelques centaines de mètres des parents de Philibert, qui résident toujours rue du Grenier Saint-Lazare. Si Philibert reprend son travail de doreur sur métaux, il est probable qu’Élise continue a travailler comme couturière afin d’arrondir les finances, le coût de la vie parisienne étant plus élevé qu’en campagne. Mais très vite, la jeune femme tombe enceinte. Peu après, durant la grossesse de sa femme, Philibert sera condamné à trois jours de prison et plusieurs francs d’amende pour s’être fait passé pour un agent de sureté. S’il semblait être revenu dans le droit chemin après son service militaire et son mariage, il semble avoir encore quelques ennuis avec la loi. La peine encourue pour usurpation de fonction pouvait aller jusqu’à cinq ans de prison ! Philibert s’en sort donc plutôt bien et rentre chez lui, auprès de sa femme enceinte, après quelques jours de prison. À quelques semaines du terme de sa grossesse, Élise rentre dans sa famille à Jouarre, pour accoucher avec l’aide de sa mère notamment. Elle passe donc quelques semaines dans son village d’enfance, résidant chez son grand-père maternel, Louis Jules Isidore Jacob, sa mère Louise Adeline et sa sœur cadette Prudence qui n’est pas encore mariée. Elle est ainsi bien entourée pour accoucher. C’est le 14 décembre 1888 qu’elle met au monde son premier enfant, une petite fille qu’elle prénommera Jeanne Henriette Antonine, ce dernier prénom étant en l’honneur de Philibert dont le second prénom est Antoine. Le lendemain, c’est Louis Jules Isidore, l’arrière-grand-père de la petite fille, qui se rend à la mairie du village pour déclarer la naissance. Plus tard, Élise rentrera à Paris avec le bébé pour retrouver son mari. Elle retombera enceinte à peine deux mois plus tard et son second accouchement se fera cette fois-ci chez elle, à Paris. Le bébé est encore une fois une petite fille, à qui on donnera les prénoms de Lucie Albertine Armandine. Mais la vie de famille tournera court, puisqu’Élise tombe malade en 1891. Pour se remettre, elle retourne à Jouarre, chez sa mère, espérant que l’air de la campagne lui fera du bien. Mais elle meurt le 6 juillet, alors qu’elle n’a que 26 ans, laissant son époux veuf avec deux petites filles de deux et trois ans. Il est donc probable que Philibert envoie les deux enfants vivre dans la famille de sa femme en Seine-et-Marne, ou bien qu’il les confie à ses propres parents qui vivent tout près de chez lui.

Un second mariage

Six ans après avoir perdu sa première épouse, Philibert rencontre une jeune femme, de huit ans sa cadette, qui travaille à Nogent, en région parisienne. Elle s’appelle Marie Judas et a, comme lui, quitté sa région natale pour s’installer à Paris. La jeune femme est en effet originaire d’un petit village de la Nièvre. Philibert et Marie se diront oui le 9 novembre 1897 à la mairie du premier arrondissement de Paris, en présence de la mère de Philibert et de plusieurs amis du couple.

À gauche, acte de mariage Doret-Judas

Après le mariage, le couple s’installera dans un appartement proche de la place de la République, au numéro 23 de la rue des filles du Calvaire. Deux ans après leur mariage, ils auront ensemble une petite fille, Berthe Eugénie Marie, qui nait le 4 décembre 1899 au domicile de ses parents situé au 41 rue de Bretagne, dans le troisième arrondissement. Très vite, la petite fille est envoyée en nourrice à Lormes, le village nivernois d’où est originaire sa mère. Elle est probablement confiée à de la famille. Malheureusement, la petite fille ne vivra pas longtemps. Elle meurt à l’âge de dix mois, le 11 octobre 1900, loin de ses parents.

Fin de vie

Nous ne savons pas grand chose de la fin de vie de Philibert. Nous le suivons seulement grâce à sa fiche militaire qui indique ses lieux de résidence successifs et grâce aux mariages de ses deux filles, qu’il avait eu avec sa première épouse. Ainsi, Philibert vit avec ses deux filles Lucie et Jeanne et sa seconde épouse Marie. La famille vit d’abord rue des filles du Calvaire jusqu’à la fin de l’année 1901. Ensuite, elle déménage à quelques rues de là, au numéro 5 de la rue Oberkampf. Ils y resteront plusieurs années, au moins jusqu’au mariage de la fille cadette, Lucie, en 1907. Après cela, Philibert, Marie et Jeanne s’installent dans la rue Charlot. Jeanne, la fille aînée, se marie en 1909. Philibert, bien que vivant à Paris, ne sera pas présent au mariage. Il donnera son accord par acte notarié. La fin de vie de Philibert et de sa femme se déroule probablement sans encombres, le couple quittant leur appartement du numero 35 de la rue Charlot pour s’installer au numero 43, à quelques pas de là. Quelques années seront plus difficiles, marquées par la Première Guerre Mondiale. Mais le couple est resté à Paris ou bien y est revenu après la guerre, ce qui pourrait expliquer le changement d’adresse.

La vie de Philibert s’achèvera assez tôt puisqu’il meurt à l’âge de 58 ans. Il n’était pas très vieux et sa mort fut probablement brutale.

Acte de décès de Philibert Antoine Doret

Son acte de décès indique en effet qu’il meurt en face du numero 9 de la place de la République à Paris. Il serait donc décédé en pleine rue ! A t-il eu une crise cardiaque ? A t-il été agressé ? A t-il eu un accident de circulation ? Nous n’en saurons rien. Nous sommes le 22 avril 1919.

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