Histoires de poilus

La semaine dernières, je vous présentais les poilus de mon arbrede manière générale. Aujourd’hui, penchons-nous sur quelques unes de leurs histoires, celles des frères Bachalas et des frères Tarisien.

Les frères Bachalas

Quand l’ordre de mobilisation générale tombe en ce début du mois d’août 1914, c’est la sidération pour la fratrie Bachalas qui compte trois hommes en âge de se battre.

Pierre Bachalas et sa femme Reine Lonjard sont métayers au hameau des Bruyères dans la commune de Charbonnat en Saône-et-Loire. Ils ont eu ensemble cinq enfants. En 1914, leur fille aînée Jeanne vit dans le même hameau avec sa famille, tout comme leur benjamine, Reine, mariée et mère d’une petite fille. Les trois garçons de la fratrie, âgés de 30, 33 et 36 ans, sont eux aussi mariés. Jean, l’aîné des garçons, habite avec sa femme Philiberte dans la ferme des parents de cette dernière aux Bruyères, non loin de ses propres parents. Le couple n’a pas encore d’enfant malgré leurs sept ans de mariage. Pierre, le second fils surnommé René depuis son plus jeune âge, est né en 1881. Il vit lui aussi aux Bruyère avec son épouse Jeanne Claudine et leur fils Pierre, sept ans. Le dernier fils de la fratrie se prénomme également Pierre. Comme ses parents et ses frères et soeurs, il habite le même hameau de Charbonnat avec sa femme Jeanne et Emile, leur fils, âgé de 2 ans.

Cette famille unie va voir sa vie bouleversée avec le début de la guerre. Habitant dans le sud du massif du Morvan, en Bourgogne, ils échapperont à la destruction que connaissent les villages du front. Mais l’inquiétude pour les trois hommes va probablement être le quotidien des parents, des soeurs et des épouses, restés chez eux. Ils guetteront probablement les lettres de leurs proches et prieront pour leur retour à la maison, pour la fin de la guerre. Malheureusement, les prières ne suffiront pas.

À tour de rôle, les trois frères rejoignent leur caserne du 29e régiment d’infanterie, en garnison à Autun. C’est d’abord le benjamin, Pierre, qui y arrive dès le 4 aout, suivi de René le 7 août et de Jean le 12 août. 

Après quelques mois de guerre, Jean passe au 156è régiment d’infanterie le 1er octobre 1914. Ce régiment se bat alors sur le front du Pas de Calais. Les conditions de vie des soldats sont difficiles et Jean tombe malade. Il est envoyé à l’hopital militaire de Zuydcoote où il meurt le 15 février 1915. L’information est transmise à la commune de Toulon-sur-Arroux, voisine de Charbonnat, le 25 mars de la même année. C’est probablement à cette date que la famille Bachalas et la femme de Jean sont mis au courant de son décès. Philiberte, la veuve de Jean, touchera un secours immédiat de 150 francs le 7 août 1915. 

René reste quant à lui au 29e régiment d’infanterie. Est-il informé du décès de son frère aîné ? Impossible de le savoir. En 1916, il combat dans le nord de la Somme, au bois de Riez. C’est là-bas qu’il sera tué le 3 septembre 1916, en se portant à l’assaut des allemands. Il sera enterré à 400m à l’ouest du bois des Riez, dans la tombe n°10. Son décès sera retranscrit le 12 janvier 1917 dans l’état-civil de la commune de Millay. Son courage sera mis en avant quand il recevra la croix de guerre avec étoile d’argent à titre posthume en 1922.

Seul le plus jeune des frères Bachalas reviendra de la guerre. Il passera les premières années de la guerre dans le 29e régiment d’infanterie, comme son frère René. Était-il avec lui quand il est mort ou bien les deux frères étaient-ils dans deux bataillons différents ? Ce n’est que fin novembre 1917 qu’il changera d’affectation en passant au 52e régiment d’infanterie coloniale. Comme son frère, il sera cité pour son courage à l’ordre du régiment, le 13 août 1918. Ainsi, du 15 au 31 juillet 1918, Pierre a montré dans les ravitaillements à munitions un courage et un dévouement remarquables. Il était toujours volontaire pour assurer un service périlleux. Il sera décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze. Quelques mois après l’armistice, Pierre est démobilisé. Il se retire à Millay le 6 mars 1919. Durant la guerre, la famille Bachalas a en effet quitté Charbonnat pour s’installer à quelques kilomètres plus au nord, au hameau de Magny, à Millay. Les parents résident là-bas avec leur belle-fille Jeanne et le petit Emile, ainsi qu’avec leur benjamine Reine et la famille de celle-ci. 

Les frères Tarisien

Georges et Gaston sont les fils d’Auguste Ernest Tarisien, meulier, et de Valentine Eugénie Daage, couturière. Tous deux vivent en Seine-et-Marne, dans la commune de Reuil-en-Brie. Mariés en 1874, ils ont cinq enfants ensemble: Joséphine Blanche en 1875, Georges Jules et Henry Gaston en 1881, Gaston Joseph en 1884 et Georgette Marie en 1892. Malheureusement, l’un de deux jumeaux, Henry Gaston, meurt âgé de quelques jours. La fratrie Tarisien est donc composée de quatre enfants, dont deux garçons. En 1914, tous deux sont donc mobilisés. 

Famille Tarisien – Assis de gauche à droit : Valentine Daage, Gaston Tarisien et Auguste Tarisien. Rang debout de gauche à droite: Georges Tarisien, son épouse Alexandrine Boucher, Joséphine Tarisien. Les deux enfants sont ceux de Joséphine.

L’aîné, Georges, est marié et père d’un petit Maurice âgé de trois ans quand la guerre éclate. Il réside alors à la Ferté-sous-Jouarre où il travaille comme forgeron pour la société Dupety et cie. Mobilisé dès le 1er août 1914, il arrive à Coulommiers, où caserne le 3e bataillon du 76e régiment d’infanterie, le 11 août 1914. Il rejoindra son régiment le 25 août 1914, aux alentours de Dombras, dans la Meuse. Il restera alors sur le front pendant plusieurs mois dans la région de l’Argonne. Mais le 8 janvier 1915, Georges disparait. Il est fait prisonnier par les allemands et est interné à Mannheim, une ville du sud-ouest de l’Allemagne. Il y restera jusqu’à la fin de la guerre, puisqu’il est rapatrié en France le 10 décembre 1918. Il restera mobilisé encore quelques temps, passant notamment au 31e régiment d’infanterie en février 1919. Enfin, il sera démobilisé le 10 mars 1919. Il rentre alors à son domicile au 33 rue Nicolas à La Ferté-sous-Jouarre, où il retrouve sa femme et son fils.

Le parcours de Gaston, le frère de Georges, est différent. Lui est boulanger et réside aussi à la Ferté-sous-Jouarre. Il est marié avec Lucie Doret depuis 1907 et ils ont ensemble deux petits garçons: James né en 1911 et Marc, né en 1913. En 1914, il est mobilisé et part pour Orléans rejoindre la 5e section de commis. En effet, il est alors boulanger pour l’armée et passera le début de la guerre en retrait de la ligne de front. Il passera en octobre 1914 à la 11e section de commis, puis dans la 4e section en janvier 1916. Malheureusement pour lui, il est appelé à combattre à partir du 9 octobre 1916, au sein du 139e régiment d’infanterie. Il arrive le 12 du même mois sur le front et combat plusieurs mois. En avril 1917, il change d’affection pour le 92e régiment d’infanterie avant de regagner une section de commis peu après la signature de l’armistice, en décembre 1918. Il sera envoyé en congé de démobilisation le 3 mars 1919 et rentre à la Ferté-sous-Jouarre, comme son frère. Malgré le peu de temps passé sur le front, Gaston s’est illustré dans les combats. Il est cité à l’ordre du 92e régiment d’infanterie le 28 octobre 1918 comme étant un « agent de liaison d’une grande bravoure, le 8 octobre 1918 et les jours suivants a accompli à maintes reprises des missions périlleuses et grâce à son courage a assuré une liaison intime entre le bataillon et sa compagnie ». Il est récompensé par la Croix de guerre avec étoile de bronze.

Et voilà l’histoire de quelques-uns des poilus de mon arbre, dont Gaston Joseph Tarisien, mon arrière-arrière-grand-père. L’un de mes futurs projets est de contacter le Service des archives médicales et hospitalières de l’armée afin d’en savoir plus sur les hospitalisations et les décès des soldats de mon arbre.

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