Fausses pistes, migrations et erreurs d’état-civil: récit d’une recherche compliquée

Aujourd’hui je vais vous parler d’une recherche compliquée qui a débuté par un appel sur le groupe d’entraide Facebook Généalogie(s). Nous sommes plusieurs généalogistes amateurs à nous être lancés dans cette recherche afin de retrouver l’identité de l’arrière-arrière-grand-père de Cécile, qui a posté sa recherche sur Facebook. Celle-ci s’est avérée difficile et pleine de rebondissement, nous rappelant que l’état-civil peut comporter des erreurs et qu’il ne faut négliger aucune piste. Retour donc sur cette enquête passionnante.

Tout commence par ce post Facebook qui marque le début d’une enquête dans laquelle je me suis lancée, parce que je ne résiste pas à l’attrait d’une énigme généalogique !

Il s’agissait donc de découvrir l’identité et l’ascendance de Louis Pierre DESPRES en ne connaissant que son nom, ses prénoms, une année approximative de naissance, le nom de son épouse, et sa résidence en 1898 à Trun dans l’Orne, informations contenues dans l’acte de naissance de sa fille Julienne. La première hypothèse de Cécile, qui a posté sa recherche, est celle d’un homme mort pour la France le 8 juin 1916 dont l’identité et la date approximative de naissance correspondaient à la personne recherchée. Mais le lieu de naissance de cet homme se situait à une centaine de kilomètre, dans le département voisin de la Mayenne, ce qui la faisait douter de la correspondance. Mais sans l’acte de décès de cette personne, impossible de vérifier cette hypothèse.

La première étape de cette recherche à donc été de retrouver l’identité complète du soldat afin de pouvoir confirmer ou infirmer cette piste. Nous sommes plusieurs à proposer une recherche sur Mémoire des Hommes et Grand Mémorial, les deux premiers réflexes pour une recherche sur un soldat décédé lors de la Première Guerre Mondiale. Le premier site donne accès à une fiche de Mort pour la France qui ne donne pas plus d’informations, à première vue.

Fiche de Mort pour la France de Louis Pierre DESPRES – Source: Mémoire des Hommes

Le deuxième site permet d’accéder directement à la fiche matricule du soldat en question, qui donne son identité complète et celle de ses parents notamment. Pas d’indication d’un mariage, mais le jeune homme vivait à Rouen vers 1889, ce qui pourrait être un indice. La ville de Trun où notre Louis Pierre à vécu se trouve en effet à mi-chemin entre Saint-Denis-de-Gastines, lieu de naissance du soldat, et Rouen.

Fiche matricule de Louis Pierre DESPRES – Source: Grand Mémorial

L’étape suivante consistait donc à retrouver l’acte de décès du soldat qui pourrait donner plus d’informations, notamment s’il était marié. Grâce à la fiche de Mort pour la France, nous savons que l’acte à été retranscrit à Paris, XIXè arrondissement, le 12 décembre 1921. Direction donc les archives de Paris où je trouve facilement l’acte de décès.

Acte de décès de Louis Pierre DESPRES – Source: AD Paris

A la lecture, c’est la déception, le soldat est indiqué célibataire. Il ne semble donc pas être « notre » Louis Pierre DESPRES, puisque celui-ci est marié ou l’a été en tout cas. Nous repartons de zéro et la conversation continue dans les commentaires de la publication Facebook, proposant quelques autres pistes qui ne mèneront à rien. Nous sommes tous d’accord, il nous faut trouver l’acte de mariage de Louis Pierre DESPRES. Nous demandons donc l’identité de sa femme à l’auteur du post. Sa femme s’appelle Marie Thérèse Joséphine THUAL et serait née vers 1874, d’après l’acte de naissance de la fille du couple en 1898. Un acte de mariage à déjà été cherché à Trun dans les années précédant la naissance de l’enfant, et même après, sans succès. 

Nous nous dirigeons donc vers les recensements de population, espérant y glaner quelques indices. Je retrouve la famille dans le recensement de Trun en 1901, rue de l’église. Il n’existe pas de recensement antérieur pour la commune, cette date est donc la plus proche de 1898, date à laquelle est née la fille du couple. Mais le recensement de 1901 n’est pas le plus utile en terme d’informations puisqu’il n’indique pas, par exemple, les dates et lieux de naissances des individus, contrairement à celui de 1906. Mais la famille n’est plus à Trun en 1906 puisqu’elle n’apparait pas sur ce recensement. Je me concentre donc sur les informations contenues dans le recensement de 1901.

Recensement de 1901 à Trun – Source: AD 61

Le couple a donc quatre enfants en 1901 dont Julienne, dont nous connaissions déjà l’existence. Je vais tenter de retrouver les actes de naissances de ces autres enfants, pour essayer de trouver d’autres indices sur Louis Pierre DESPRES, leur père. Aucune trace de Marcelle et Louis dans les tables décennales de Trun, mais je trouve l’acte de naissance de Simonne, en 1899. Dans les notes en marge est indiqué le mariage de Simonne, qui peut potentiellement nous donner des informations. Je me dirige donc vers les archives de Paris pour trouver l’acte de mariage, le 8 octobre 1921 dans le XIXème arrondissement de Paris.

Acte de mariage de Simonne DESPRES – Source: AD Paris

Cet acte nous apprend que la jeune fille vit à Paris, que sa mère est décédée et qu’elle n’a pas connaissance du lieu de décès et du dernier domicile de son père. Bref, au premier abord, on n’est pas plus avancés ! Mais en regardant l’acte plus attentivement, je remarque que les témoins de la mariée sont Louis DESPRES, plombier, et Marcelle DESPRES, ménagère, qui vivent tous deux au 81 rue du Faubourg du Temple. Louis et Marcelle semblent être les frère et soeur de la mariée puisque ce sont les mêmes prénoms que ceux présents sur le recensement de 1901. 

La prochaine étape est donc de trouver des informations sur Louis et Marcelle. Je me dirige vers les tables décennales pour retrouver si possible un mariage pour l’un ou l’autre. Je me concentre sur les tables entre 1913 et 1932 des Xè et XIè arrondissement, puisque la rue du faubourg du temple, où ils résident en 1921, se trouve à cheval sur ces deux arrondissements. Je trouve un certain Louis Victor Pierre DESPRES marié le 2 mars 1918 dans le XIè arrondissement.

Acte de mariage de Louis Victor Pierre DESPRES – Source: AD Paris

Bonne pioche ! Louis Victor Pierre est bien le fils de Louis Pierre DESPRES et de Marie Thérèse Joséphine TUAL. Mais comme pour l’acte de mariage de Simonne, il n’y pas pas d’informations sur le décès du père puisque celui-ci est indiqué comme « disparu ». Mais il est indiqué que le marié est né à Fougères en Ille-et-Vilaine le 11 février 1895. La famille à donc changé de région, passant de l’Ille-et-Vilaine en 1895 à l’Orne en 1898.

L’étape suivante est donc d’aller regarder les tables décennales de Fougères pour les quelques années précédant la naissance de Louis Victor Pierre en 1895. Bingo ! Il y a un mariage entre Louis DESPRES et Marie TUAL d’indiqué en 1894. Après vérification de l’acte en question, il s’agit bien du mariage entre Louis Pierre DESPRES, né en 1869, et Marie Thérèse Joséphine TUAL, née en 1874. Il n’y a donc pas de doute, les prénoms sont parfaitement identiques à ceux présents sur l’acte de naissance de Julienne en 1898, et les dates de naissance correspondent.

Une dernière surprise nous attend, Louis Pierre DESPRES est né le 9 juin 1869 à Saint-Denis-de-Gastines en Mayenne… comme notre soldat décédé en 1916. Oui, oui, notre première hypothèse était la bonne ! Mais la mention de « célibataire » sur son acte de décès nous avait induit en erreur. 

L’hypothèse de cette erreur, c’est donc que les multiples déplacements de Louis Pierre DESPRES né en Mayenne, marié en Ille-et-Vilaine, résident à Rouen, puis dans l’Orne et enfin à Paris ont fait que l’armée, ou l’état-civil, ne semblait pas être au courant qu’il était marié en père de quatre enfants. La mention de célibataire a donc été apposée et la famille n’a semble t-il jamais été au courant qu’il était décédé pendant la guerre et le pensait « disparu ». La famille n’a en effet pas pu être prévenu de son décès puisque son existence n’était pas connue de l’administration.

Cette recherche pleine de rebondissements et de surprises prouvera une fois de plus qu’il ne faut pas se fier totalement aux informations présentes dans les actes d’état-civil ou dans les recensements de population et surtout qu’il ne faut négliger aucune piste, notamment les témoins des événements qui permettent parfois de débloquer une recherche.

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